Avis

blue : Opinion de Vidéo Eyes Wide Shut
par blue H 300 09.04.2008 10:26
Scénario & Dialogues 1/4
Mise en scène & Réalisation 2/4
Jeu d'acteur 2/4
Scènes érotiques -1/4
Intérêt du film 3/4
Note Générale 1/4
Les plus : la thématique de la sexualité liée à celle de la religion (sous l'angle d'une secte).
les moins : je ne suis pas rentré dedans: long et ennuyeux.

Ayant vu ce film à la télé, lors d'une soirée très entrecoupée, mon avis n'est peut être pas très légitime.
Outre deux petits points sur lesquels je voulais me pencher, je vous renvoie à l'excellent avis de Lavax qui en reflète un souvenir bien plus précis que le mien.

Pour moi ce film a d'intéressant qu'il montre que le passage de l'autre au grand autre (le sacré) fait perdre à mon sens tout attrait à la sexualité. Les dimensions ésotériques ou religieuses, ne font décidément pas bon ménage avec l'érotisme. C'est comme si l'altérité en devenant trop absolue s'altérait elle même.

Cependant, il ne s'agit que de l'attrait que je lui ai trouvé. J'ai l'impression que le projet de Kubrick visait un autre but: Montrer le sexe comme participant fondamentalement à des forces occultes, fascinantes mais effrayantes. Pour rendre cette pulsion supportable, nous devrions feindre d'en ignorer la vérité, et tenter de nous duper nous même en nous réfugiant dans la banalité rassurante du sexe conjugal, nous devrions garder les "yeux grand fermés"(traduction de Lavax).

 
   

Fiche Produit

  Eyes Wide Shut

Eyes Wide Shut

Avis, Essais, Comparer   Eyes Wide Shut

Date de sortie : 15/09/1999

Réalisateur : Stanley Kubrick
Acteurs : Tom Cruise, Nicole Kidman
Durée : 2h39
Années : 1990-2000
Origine : Anglo-Américain
Public : Interdit -16 ans

Commentaires

par Iphigenie F 62 10.04.2008 23:02

Je partage ton avis Blue. N'ayant à l'époque vu encore aucun Kubrick, je suis allée voir Eyes Wide shut au ciné lors de sa sortie et n'ai pas compris où l'on voulait en venir...

par blue H 300 10.04.2008 23:20

Coucou Iphigénie, et encore moi, je n'étais pas condamné à être cloué dans un gros fauteuil de ciné!

par Lavax F 300 12.04.2008 14:15

Hello Blue, merci pour ton avis!
Permets-moi d'exprimer un désaccord. Je ne pense pas que Kubrick fasse spécialement allusion à Bataille.
Ayant lu pas mal de volumes de Bataille, je ne vois guère de rapports entre Eyes Wide Shut et cet écrivain.

par blue H 300 05.05.2008 17:24

Désolé de ce gros retard. Si seulement je l'avais mis à parti pour acquérir une véritable culture sur Bataille, je pourrais te répondre avec plus d'assurance. Mais ce n'est pas le cas. Ma connaissance est celle du pauvre ; elle se limite à quelques phrases glanées en vitesse, à une lecture de l'extrait, à des connaissances de deuxième main, bref à cet "à peu près" irritant qui devrait me conduire au silence. De toute évidence, c'est une délicatesse que je n'ai pas.

      Le plus simple est que je t'expose les quelques raisonnements qui m'ont conduit à une remarque si hardie, et que tu me dises si quelques unes échappent au contre sens complet sans être pour autant dans le hors sujet honteux.

      Bataille, si j'ai bien compris, voit en notre société une tentative pour contenir par la raison, la vérité de la nature humaine et celle du réel. Notre société uniquement profane cherche à se protéger de l'émergence du sacré qui est animal, irrationnel et immoral. Pour Bataille ce sacré est ce qui  nous manque. Notre société dépérit par l'absence du contrepoids à l'intellect que le sacré devrait fournir. Le sacré s'exprime dans les civilisations ancestrales, lors des rites où la mort comme la vie se trouvent parfois mêlés dans un même surgissement instinctif. D'ailleurs pour Bataille «l'amour a toujours l'odeur de la mort».

      Quel lien avec "Eyes wide shut"? Il est évident qu'il ne s'agit pas d'une stricte illustration de la pensée de Bataille. Il y a juste des proximités qui me semblent remarquables: Le jeune couple se lance dans cette aventure avec légèreté, attiré par cette possibilité de pimenter leur vie sexuelle. Mais cette expérience leur révélera une autre dimension de la sexualité, bien plus sombre que ce à quoi ils s'attendaient. Certes, dans le film on est loin de trouver un homme dépecé vivant devant une foule en transe. L'ésotérisme d'Eyes wide shut est très plat par rapport au sacré sanguinolent de bataille.

      Retrouver dans ce film un lien entre le sacré, le sexe et une certaine noirceur ne donne pas, il est vrai, la garantie que  Kubrick se soit entre autre inspiré de Bataille, ou même l'ait lu, mais ce sont des proximités qui m'ont intriguées.

       Cependant, il est vrai qu'il faut faire attention à ne pas aller trop vite en besogne: le sacré de Bataille ne recouvre pas le phénomène religieux. Ainsi par exemple, la religion catholique est construite elle aussi dans le refus de cette part animale en nous. Alors la  cérémonie du film est-elle trop structurée pour pouvoir prétendre participer au sacré de Bataille ?
   Peut-être.... Néanmoins, le sacré ne peut être une absence de règles. Il doit être borné dans le temps, et garder une valeur transgressive. Bataille a beau admirer «l'innocente cruauté des animaux», il sait bien que les cultes des sociétés auxquels il se réfère ne sont pas dénués de règles culturelles. De plus, dès que le spectacle de la mort est banalisé, il perd sa dimension sacrée. Le sacré pour fonctionner de façon durable, doit être structuré dans des cultes avec des rites déterminés.

La cérémonie du film sans être, il est vrai, une rigoureuse illustration de la pensée de Bataille, ne m'en semble pas complètement éloignée.

par Lavax F 300 05.05.2008 18:10

A gros retard, grosse réponse! Merci beaucoup, Blue! :)

par blue H 300 05.05.2008 20:35

... A toute petite attente... petite réponse ? ;)
Non, Lavax, tu vas pas me laisser comme ça quand même ?

par Lavax F 300 08.05.2008 13:33

Je répondrai alors par une phrase de Bataille, où se résume l'impossibilité où nous sommes de dire quoi que ce soit de Dieu, et par où on voit mal comment faire de Bataille un partisan du "sacré" au sens classique du terme:

Dieu est un porc.


Par où Bataille n'a rien à voir encore, à mon sens, avec un quelconque ésotérisme.

Michel Leiris appelait Bataille "l'homme de l'Impossible". Dans Eyes Wide Shut, c'est au contraire un monde de possibles qui est expérimenté sous forme de rêves érotiques; et quand ce monde des possibles se referme, c'est pour dire que tout va bien: "baiser" à la fin du film n'a rien à voir avec "baiser" chez Bataille, qui est un "baiser" des corps en guenilles, un "baiser" excrémentiel. Là "baiser", c'est le geste par lequel se scelle la famille bourgeoise américaine, l'ordre selon lequel se perpétue la société américaine: non seulement la possibilité, mais la réalité même, dans son effrayante platitude.

par blue H 300 11.05.2008 16:43

"Dieu est un porc"


Cette affirmation n'est pas étonnante, puisque pour Bataille le sacré est immanent. L'idée d'un ésotérisme immanent ne me semble pas plus contradictoire.... (ni totalement éloignée d'ailleurs).
De toute façon, mon propos n'était pas de faire remarquer que le sacré de ce film et celui de bataille relevaient tous deux de l'immanence (Ca ne m'apparaît pas impossible, mais il ne me semble pas que le film donne les moyens de décider sur ce point). Le terme de "sacré" garde au minimum un dénominateur commun. Il m'a donc semblé remarquable de retrouver dans ce film l'idée que le sexe participe d'une dimension séparée du monde profane, et qu'il est lié à une sombre vérité sur la réalité.  


    C'est amusant, car comme toi, j'ai l'impression que Kubrick a cherché à montrer à la fin le retour à "la famille bourgeoise américaine, (...) dans son effrayante platitude".
     Par contre, je n'en fais pas du tout la même interprétation. Je n'ai pas l'impression qu'il s'agisse de "possibles" permettant un retour paisible à la famille bourgeoise. Au contraire, il me semble que ce retour n'est pas compatible avec la révélation approchée dans la secte. Cette vérité étant insupportable pour eux, ils ne trouvent d'autre choix que de feindre n'avoir rien vécu. Pour moi, il s'agit d'une césure, non d'une continuité entre des possibles. Ce retour s'opère au prix d'un refoulement qui exige de "garder les yeux grands fermés".

Cette fin m'apparaît comme très subtile dans sa façon de marquer ses idées. Mais cela ne la rend pas plus vraie. Je trouve très pervers de n'insister que sur une partie de la réalité (cela vaut bien plus pour le penseur que pour l'artiste). Heureusement qu'il n'y a pas que "le coté obscur de la sexualité".
Pour moi Bataille a un petit quelque chose à voir avec Dark Vador.
Trouveras-tu ce parallèle plus délicat ?

par Lavax F 300 17.05.2008 01:31

Pardonne-moi, je n'ai pu te répondre de suite, cette semaine ayant été lourde.
Je pense en effet qu'il y a bien une césure, comme tu le dis: c'est pourquoi je disais qu'à la fin, le monde des possibles se referme, et qu'on retombe sur la réalité plate. Tout ce détour pour le retour à l'ordre.
Mais, bon, peut-être ne met-on pas la même chose derrière ces termes, je ne sais?

par Lavax F 300 17.05.2008 01:45

May The Force Be With You! ;-)

par blue H 300 20.05.2008 15:51

Merci :)
En fait, je ferais un bien mauvais Jedi, car beaucoup de passions sont en mon coeur.