Avis

Avis La Musardine La Couleur des draps, Carnet d'une invertie par Aretina
par Aretina F 399 30.06.2008 20:39
Style, qualité d'écriture 4/4
Originalité des situations 3/4
Description des scènes d'amour 3/4
Intérêt de l'histoire 4/4
Note Générale 3/4
Les plus : style et qualité de l'écriture, rareté de ces textes
les moins : certains passages du second textes sont vraiment très dérangeants

Ce livre est assez intriguant. Il rassemble deux textes dont les noms évoquent des plumes féminines. Ce n'en est pas ainsi : Jeanne d'Asturie fut le pseudonyme choisi par Jean Cau, alors que l'identité réelle de Nicole Autrain restera un mystère.

De par leur contenu, ces textes étaient pur explosif à l'époque de leur première parution, la fin des années 1940 : La couleur des draps vers 1948, Carnet d'une invertie entre 1949-1950. Il vaut peut-être mentionner que Histoire d'O parut à la même époque. Ce détail peut avoir son importance ou pas.

Un autre point partagé par ces deux textes : l'écriture. On devine deux styles, deux imaginaires et deux vocabulaires distincts. Mais l'écriture est tout aussi raffinée, élégante, épurée dans un cas comme dans l'autre.

Sinon, les deux textes empruntent des chemins séparés.

Jeanne d'Asturie : La couleur des Draps
Il s'agit du journal d'une jeune femme de 23 ans, avec un penchant (post-adolescent ou pré-midlife crisis ?) au spleen : elle fixe beaucoup sur l'inévitable de la routine - de la vie, du couple -, sur le passage du temps, sur le déclin physique, surtout celui féminin.
La fin du journal est un peu brusque, même si le cours des pensées de la jeune femme conduit le lecteur vers cette issue : elle arrête au moment ou elle se sent prise sans possibilité d'échapper au concret, au quotidien.

Ce qui peut froisser les principes de bienséance de son époque ? Sa vie érotique qui dans les années 1940 peut être définie comme légère et désordonnée. Et sa révolte contre l'uniforme de l'existence considérée décente pour une femme : une vie délimitée par la condition d'épouse et mère. Son ironie et manque d'enthousiasme par rapport à ce type d'existence est une sorte de révolte. C'est aussi une introspection du besoin de la femme d'être perçue et reconnue comme un être avec pleins droits à l'autonomie, sur tous les niveaux.

Ses réflexions sont agréables à parcourir, les dialogues avec son amoureux ont un ton intime, sans trace de sucre ou pathétisme. Les dialogues ne servent pas à ponctuer des moments critiques, et c'est un aspect que j'apprécie.
Les scènes érotiques joignent la farandole des réflexions d'une façon à part : elles se construisent autour d'un detail qui s'est figé dans la mémoire de la jeune femme. Un coup d'œil dans la glace où elle contemple sa nudité, méditation sur le 69, une marque amoureuse sur sa peau... voici les choses qui déclenchent des pensées et des souvenirs décrits ensuite.


Nicole Autrain : Carnet d'une Invertie
Le second texte de ce volume est un dérapage graduel dans le fantastique. C'est une fantaisie érotique où le sadisme est poussé a l'extrême.
Le Paris huppé d'après-guerre semble la scène d'une pièce absurde aux personnages fabuleux s'adonnant aux comportements et pratiques sexuelles extrêmes.
Une jeune femme très belle, très riche nous introduit dans son existence très peu conventionnelle : celle une lesbienne expérimentale, temperamentale, qui ne se contente pas de passions vécues à moitié.

La violence semble d'être la force motrice de ce court roman : tomber amoureuse incite à l'agressivité, faire l'amour donne envie de détruire, vivre l'orgasme va main en main avec la mort.
Je me suis surprise à essayer de retrouver les correspondants des contes de fées traditionnels ! Parce qu'il ne faut pas se leurrer : chaque personnage est plutôt un symbole, ou figure archétype : le parcours de Florence, la protagoniste, rappelle les aventures initiatiques des héros de contes. La fin ne surprend pas si on choisit d'aborder le texte sous cet angle.

Les comportements sont des métaphores, les sentiments sont des hyperboles. Les images violentes, les codes de comportement sembleront peut-être familiers à ceux qui ont lu l'Histoire d'O.
Ce qui fait penser que l'on a affaire en fait a ce que l'on appelle en littérature les topoi, c'est a dire des lieux communs, des images dont la présence est nécessaire dans un texte pour qu'il soit défini comme appartenant à un certain genre.

Avec ces idées en tête, je pense que ce texte est plutôt dérangeant en forme qu'en fond. Quoi que...

Pour conclure : un petit volume pour les fans de curiosa, pour les fans de l'Histoire d'O, et pour tous ceux qui aiment la bonne littérature dans tous ces avatars.

 
   

Fiche Produit

La Musardine La Couleur des draps, Carnet d'une invertie

La Couleur des draps, Carnet d'une invertie

Avis, Essais, Comparer La Musardine La Couleur des draps, Carnet d'une invertie

Marque : La Musardine
Date de sortie : 01/12/2007
Prix indicatif : 7.90 €

Auteur : Jeanne d' Asturie, Nicole Autrain
Littérature : Française
Siècle : XXe
Collection : Lectures amoureuses
ISBN-10 : 2842713249
Nombre de pages : 180.00 pages

Commentaires

par StephB F 1999 01.07.2008 09:32

Merci pour cet avis. Je vais ajouter ce volume à ma liste de souhaits.

par Aretina F 399 02.07.2008 21:32

Steph, j'espere que cette lecture te fera plaisir. :)
Et je guetterai ton avis quand le livre fera partie de ta bibliothèque. :)

par blue H 300 22.07.2008 21:36

Arétina, ma curiosité porte sur ces topoi. En reprenant un extrait de ton commentaire d'"Histoire d'O":

O ne m'a pas semblé une poupée sans volonté : elle participe activement à toute étape de son évolution. Pour paradoxal que cela pourrait sembler, elle est active en étant passive. Elle accepte de se soumettre. Elle peut dire oui ou non. C'est un choix comme le sien ce qui rend ses maîtres maîtres.

Est-ce là celui qui est principal ? Quels sont les autres qui te semblent centraux ?  

Et, au fait... bravo pour ce bel avis (un de plus!)

par Aretina F 399 25.07.2008 21:32

Blue,

l'extrait que tu as choisi n'est pas le premier motif qui vient à l'esprit si on évoque un topos.  :)
Pour les romans appartenant au genre dit "SM" des topoi des lieux communs seraient plutôt :
- la demande de la part des amant·e·s éconduits de conjurer leur maitre de leur ôter la vie.
- ou les femmes qui succombent, acquiescent et adorent d'être violemment séduites.
- le marquage du corps (infligé avec le consentement, parfois même par requête expresse de celle qui sera marquée) comme expression et attestation d'amour.

Je me demande si on devrait inclure l'aisance matérielle des "maitres". (L'argent donne du pouvoir. C'est une façon d'approcher le maitre au dirigeant tout-puissant, au souverain. Étant a l'abri des ennuis financiers, ils sont également à couvert de tout ce qui les feraient percevoir sous la lumière du quotidien, en risquant de devenir banals et... humains.)

J'imagine qu'il y en à d'autres. Sache que j'espere de tout cœur que tu lises ce roman, car j'aimerais beaucoup connaitre tes impressions !

par blue H 300 29.07.2008 21:16

Merci Arétina, je comprends mieux maintenant quels sont ces topos. Pourtant je dois avouer qu'ils ne déchaînent pas chez moi un enthousiasme fou... Mais il est vrai qu'il ne faut pas se cantonner à l'agréable.